La saga de la Gross-thet

 

 

Bonjour ! Mon nom est Kuilga Tristus tête d’oeuf, ou tête de boeuf, c’est comme vous préférez, pour vous servir. Veuillez rectifier la position messieurs ; dos droit ! Relevez-moi aussi ce menton ! Allons droit au but.

Messieurs ! Vous n’êtes pas sans savoir, vous qui prophétisez, vous qui avez pour l’art d’esculape et d’hippocampe la noble vocation, qu’il est de terribles maux. Cela s’adresse aux médecins. Pour ceux qui n’ont jamais vu un dentiste, je vous ferai après un dessin. Bon, où en étions-nous tantôt ? Ah oui ! Il est de terribles maux.

Je ne citerai pas les oreillons. Je ne vous citerai pas l’inflation, ni la gueule de pois, ni la carie dentaire. Non, messieurs (Eh, vous avez vu ces effets de manche ? Quel type, ce Tristus, quand même, quel type !) Il est, Mesdames et messieurs, un mal quasiment inconnu. C’est une pathologie aussi évidente que méconnue. Je veux parler de ce trouble-fête de sinistre mémoire, J’ai nomméeeeee…

La Grossthet !

Sous vos ébaudissements, mesdames et messieurs, j’ai le plaisir de vous présenter l’ignoble ci-dessus. Merci ! Merci !

Cette maladie était fort connue des anciens. Lisez ce grec, je ne me rappelle jamais son nom, pourtant de grand renom. Hum ! Quelque chose comme coteau, ou serait-ce poteau ? Plutôt réchaud, je dirais. Peu importe ! Bref, ce plateau-là, nous entretient dans l’un de ces ouvrages, qui portent la marque du plus pur génie occidental, ce poteau disais-je, nous cause d’un mec : Un malheureux intello qui avait pour nom Picrate, voilaaà ! Ce Picrate donc avait attrapé la Gross-thet. Quel malheur ! dans sa fièvre Grossthétienne, il délirait, tenait des propos révolutionnaires, se mit à débaucher la jeunesse. Il menaçait la paix de la City, il révoltait les ménagères et militait pour le droit des aliments à la non ingestion ou à l’autodétermination de leur mode d’injection. Fi ! Cet antipathique bonhomme était vraiment fat.

Il s’autoproclamait, ce congénital : Saint patron des péripatéticiennes ! Grand-Condom de l’ordre des Maieuti-chiens, s’exaltait ce frelaté. Il en résultat des mois de torsion testiculaires pour bon nombre de citoyens ; il en résultat une baisse des rentrée fiscales en provenance du sacro-saint négoce. L’ordre de la Maieutic et celui de la Cinégenétik firent des sit-in arithmétiques. Des amis obligeants l’incitèrent à la prudence ; ils l’incitèrent à la sainte modération ; Ils le supplièrent d’accepter les bienfaits de la très vénérable opinion publique comme la preuve du bien vivre, du bien parler, du pas-de- scandale-s’il-vous-plaît. Mais rien n’y fit.

Alors en désespoir de cause, on attrapa dare-dare ce corps étranger et on le soigna, par toutes les garces de l­’olympe ! On fit venir tous les carabins de la république, au grand galop les shamans de la Regnus Agnus Mundi ! Kataclop Kataclop, s’en accoururent les mages du gros-œil de Haute-Egypte. Que proposèrent-ils ces spécialistes, hein ? Que conseillèrent-ils ces experts ? Ah ! Je m’en vais vous l’avouer céans : Des bains glacés pour commencer. Des bains chauds, des bains turcs, des bains de foule. On lui appliqua une bouillotte, des cataplasmes d’huile de foie de morue. On lui refit le portrait, une permanente avec des bigoudis, mais il refusa d’abjurer ; d’avouer qu’au plus fort de la tourmente macro-économique et de la chute du Drachme, ce pédogogue avait attouché des pots de vin. Rien n’y fit, voilà !

De guerre lasse, on venait de se résigner à l’éventualité d’une pandémie, quand miraculeusement Eurêka ! Le Sénat, un auguste ramassis de praticiens, soucieux du bien être populaire et encore plus soucieux des risques d’expansion de la mode du voeu de pauvreté lancée par le sus haï Picrate, lui prescrivit l’indigestion d’un grand bock de ciguë brune. A boire cul sec, s’écrièrent ces pionniers. Picrate fut dès lors guéri de sa Grossthet carabinée.

Allons, allons, les bobos de gauche ! Ça n’est pas qu’une affection de bourgeois, je vous assure ! Tout de même je me réjouis de votre déclamation. Elle me permettra de vous confondre. Secouez-vous bien les miches et écoutez bien distraitement ce qui va s’ensuivre. Vous me direz à la fin si ce qui va sans dire, va mieux en se taisant.

Il y a maintenant deux mille ans, quelque part en Palestine, un pauvre jeune homme, un brave p’tit gars d’apprenti menuisier du nom de Méchouia a connu ce funeste sort. Son père était ouvrier dans le bâtiment. Sa mère faisait profession de vierge. En ces temps bénis c’était encore une profession honorable. C’est vous dire s’il venait d’une famille prolétaire tout ce qu’il y a de plus RMIste. Cependant, à l’orée de ses trente trois printemps, on découvrit que le doux Méchouia souffrait de la Gross-thet. Il en présentait malheureusement les pires symptômes. Il se prétendait immortel. Rien que ça ! Il se recommandait d’un autre malade qu’il surnommait Le Pair et répétait à l’envie les insanités que ce dément lui avait suggéré. Il se prenait pour le Messi, apparemment un Leonidas des surfaces de réparation contre lequel les palestiniens devaient avoir une dent cariée, car ils le prirent aussitôt en grippe. Pire, il assurait avoir ses entrées chez Dieu, un autre excentrique dont on savait seulement qu’il était bêtement jaloux, tonnant, bedonnant, fiché S à Rome comme proche des réseaux terroristes, et qu’il ne tenait presque jamais ses promesses. Une vraie racaille, ce type-là.

Tout le monde vit que ce jeune homme était fou, en plus d’avoir la Gross-thet. Alors, Yudas de Carioth, ainsi surnommé pour avoir fait plusieurs séjours dans ce bagne, Yudas de Carioth son ami ; ami soucieux et compatissant s’il en fut, alla voir Salif le grand gourou qui lui dit : Zut alors ! C’est tout l’avenir du marché du gros-rouge qui est en jeu, mon fils ! Allons soumettre ce cas épineux à notre Maire, le bonhomme Ponce piastre. Il nous faut sauver ce cafre !

C’était jour de fête. Alors Ponce piastre consulta ses administrés sur ce cas alarmant de Gross-thet. Il leur demanda courtoisement : Quo vadis pater noster et wezè wezè ? Il faut savoir que Ponce piastre était le nouveau légat de la Roumanie en Palestine. Le mec venait d’arriver dans ce bled pourri, chaud comme l’enfer avec des meufs voilées de la tête aux pieds du Sabbat au Sabbat ; il ne fallait donc s’étonner que le gonze ne parlât aucun traître mot de Dioula. Bon, cela voulait tous simplement dire en vieux Zarma : Il faut choisir ! Je veux vous faire plaisir les mecs ! Voulez-vous ce bar américain à Rabbas (avec du french cancan aux heures propices), ou préférez-vous investir dans la guérison de l’aminche à Carioth ?

Il ne faut pas se le cacher plus longtemps ; c’était vraiment un bon peuple que ces palestiniens. Un peuple comme on n’en fait plus de nos jours. Un peuple bon, de bonne pâte ! Tout le monde aurait bien aimé aller de temps à autre se rincer le gosier et l’œil dans ce Bar-à-tapins. Seulement, voilà ! la Grossthet c’était quand même aut’chose. Une menace pire que les rebelles syriens du culte de Baal et les amants de sa femme, avec lesquels on pouvait finir par s’entendre quand la poussière était retombée. Mais face à la Grossthet il n’existait plus aucune alternative. L’intérêt et la sécurité nationale commandaient de faire front commun et d’oublier la gnôle et les putes.

Je le répète : C’était un bon peuple, les palestiniens ; Un peuple bon de bonne pâte, sur le cor au pied de ma mère ! On venait de marier, ce jour même, la fille d’un ponte de l’industrie des armements et le Patassé (la veuve Clicquot des beaufs de l’époque) avait coulé à flots. On était donc assez éméché et sur le moment le besoin d’une cuite n’était pas pressant ; alors on préféra la thérapie publique. Les palestiniens répondirent d’une seule voix à leur cher Ponce piastre, ce bon bougre-mestre : Testis unus, testis nullus ! La légende voulait que les victimes de cette affection honteuse soient des désavantagées de par-en-dessous-la-ceinture. Ce qui justifiait l’anathème fatal et la thérapie que cette nation virile exigeait pour l’un de ses fils en ces mots devenus célèbres : Unos testis, nullus testis ! Ce qui signifie, en gros, traduit de la copie latine du texte mémorable de Boanga l’ancien, Un testicule, pas de testicule !       

Chez le coiffeur la Grossthet ! Chez le coiffeur !

Au Mont chauve la Grossthet ! Au Mont chauve !

Hip-hop Héee…Hooo!

Hip-hop Yéee… Yooo!

Ok ! ça va, ça va, grommela Ponce piastre. Vous faites ce que vous voulez, moi je rentre me coucher. Je suis cramé. Avertissez-moi si vous obtenez des résultats. Ceci dit, Ponce piastre alla se laver les mains car c’était l’heure du déjeuner et personne ne savait mieux que le Légat combien sa femme était stricte sur l’hygiène dans ce pays de barbares !

Pour Salif, le grand vizir, ce fut un véritable triomphe. On le porta donc en triomphe ce bienfaiteur de l’humanité, cet impitoyable découvreur de pathologies rares, Ce Flemming des temps coraniques. On le porta en triomphe donc. Les archives déclassifiées de la haute administration de la Grande mosquée Dite Esqe Sagaz consignent même la fulgurante carrière scientifique et politique qu’il fit à partir de ce moment. Pour Salif, le grand Miskine, ce fut l’affaire du millenium. Il pouvait se frotter les pognes. À peu de frais (30 francs de la Communauté Financière Araméenne [CFA] en dédommagement de la sandale perdue par Yudas lors du passage musclé de la camisole de force à Méchouia), il avait obtenu la notoriété publique et la guérison d’un cas inquiétant de Grossthet. Dès lors, tout se passa très vite. On alla clouer le malheureux Méchouia au pilori et il fut définitivement guéri de ses migraines gratinées.

J’en voit un qui lève la main. Ouiii ? Vous monsieur. Oui, allez-y, le micro est allumé. Ahan, vous vous demandiez si c’est ainsi que la Grossthet s’est transmise, à travers les siècles, de générations en générations ? Affirmatif, mon bon gros monsieur ! C’est hélas le triste constat que je dresse aujourd’hui devant cette illustre assemblée. C’est ainsi, oui.

Tenez, récemment, il n’y a même pas longtemps, à l’époque où mon grand-père Tinfinsi était sergent dans le célèbre corps des bougnoules-macaques et autres tirailleurs Soudanais, il y eut ce Ostrogoth. Adolf Très-clair, chez qui le mal avait pris des proportions ahurissantes. Il tenait à ce que ses concitoyens l’appelassent Sa fureur ! Et Sa fureur était démente. Sa fureur ne pouvait souffrir qu’on kiffe autre chose que lui et ses tétons…euh ! pardon, ses teutons. Sa fureur n’aimait pas les arabes. Sa fureur n’aimait pas les juifs ; alors, vous pensez bien si les négros de Ouahigouya, il s’en beurrait les noisettes. Sa fureur avait de grands projets. Parmi ceux-la il y’avait son idée fixe : Mes crampes ! Hurlait-il chaque fois qu’il voyait un Jean Levy’s 501, un gros paquet de Camel ou du bois d’ébène en photo. Alors, pour se dégourdir les jambes, il planifia sans délais de conquérir le monde pour qu’on puisse boire, partout et à sa santé, de la bonne bière blonde de son terroir en criant C’est Très clair !

 Sa fureur avait un copain, Pistollini alias Pisse-moi-la-demie, avec lequel il traînait sa dégaine de killer. Ces deux malades avaient beaucoup de choses en commun, par exemple le fait bien connu que Pistollini n’aimait pas l’Ethiopie et jurait d’y voir un jour établies la langue Roumaine et les vespasiennes. Tout cela étant devenu fort ennuyeux, il se trouva un homme de bonne volonté, un grand échalas, un certain Général Ducoq des fromages qui puent. Un type sérieux comme un pape mort. Ce dernier, un jour donc que Très-clair et Pistollini alias Pisse-moi-la-demie avaient saccagé ses vignobles, s’érigea sur ses ergots et fit une estimation des dégâts. Il estima qu’il est convenable de rigoler, mais que le pastis et la purée de grenouilles à la Gauloise méritaient bien qu’on leur fasse le sacrifice de 36 millions de bonshommes.

Vite, vite il alla quérir un autre pote à lui. Un certain Unkle Sam, notoirement connu pour ses mœurs un peu spéciales. Une vraie ventouse qui grimpait le taureau à cru avec un lasso. On raconte même que ce Unkle Sam (à d’autres égard très respectable quant à son crédit et à son imparable direct du gauche dans le jeu très prisé du: je-te-tiens, tu-me-tiens par la barbichette) ne se cachait pas de ses préférences. Sur ses lettres de créances, il s’étalait effrontément : DOLL ARTS (le nom de son club d’hédonistes) et juste dessous cette courageuse exclamation IN GODE WE TRUST ! Je n’en dit pas plus sur le personnage, convaincu, noble auditoire, puritains, fachos et autres obsédés du redressement moral, qu’une aquarelle n’est plus nécessaire. Voilà !

Sam donc s’en fut conter l’affaire à son cousin La Couine, une vieille peau irlandaise de sa connaissance, qui créchait alors du côté de Buckingham-machin ; voilà ! Puis tout ce beau monde décida qu’ils n’étaient décidément pas encore assez gris pour une telle entreprise (botter le cul à la bande à très-clair ! vous vous rappelez ?). Bien. Donc ils allèrent boire un dernier coup dans le plus grand bordel du coin en sortant de la porte de l’Est en direction de Tiramisu.

Kaling Takaling takaling takala chantaient les petites mongoles de petite vertu qui assuraient les passes. Ce fut le gros Sam qui fut chargé de convaincre le vieux proxénète du troquet, Yussuf le petit père des fesses ; finalement, le petit père des fesses lissa ses bacchantes et cria son prix. Comme à l’époque il faisait de gros placements dans les porte-jarretelles et les vibro-masseurs, il tint mordicus à recevoir en échange de son coup de rein, une licence à vie de revendeur de vodka et la franchise de toutes les maisons de tolérance de ce côté-ci des vignobles occupés par très-clair. Tope là ! We have a Dream ! Eructa Unkle Sam. Taratata ! pas d’I feel good avec moi, je connais la chanson, rétorqua Yussuf. Sur ces entre-cuites, tournée générale.

Ce moment historique scella la faillite de la maison Très clair & Pistollini. Toutes les honorables personnes susmentionnées, réunies en un puissant cartel pharmaceutique concoctèrent une solution tonique et unique contre la Grossthet, Alléluia ! On traita le copain de Sa fureur en premier. On le truffa de pruneaux, alléluia ! Quant à Sa fureur elle-même, dépitée d’avoir été ainsi privée de son frère en nicotine, de son confrère en cordite, de son compère en vendetta, elle confessa ses péchés. Elle fit son auto-Kritik ! Elle s’insurgea contre l’aveuglement satanique qui leur avaient fait dissimuler, à Pistollini et à elle, les pogroms d’une telle infection. Animée d’un ultime sens du devoir et de l’honneur, chose fort rarissime chez des déments de ce calibre, elle n’attendit pas l’arrivée de l’alliance des médecins du monde libre. S’emparant d’un pistolet à injection, elle s’auto médicat à base de plombs. C’est Très clair ! C’est surtout Triste. Très triste.

Hem ! Pardonnez-moi. L’émotion… Mais, ahem ! Mais ne vous y trompez pas chers amis ! La Grossthet rôde toujours ; rugissante et cherchant qui enfler. J’ai, il est vrai, suscité des cas généraux et extrêmes. Cependant, le mal sévit toujours, même s’il se répand plus sournoisement. Observez nos contemporains et vous comprendrez mon propos ! Voyez ce politique qu’une envolée oratoire et une foule séduite exposent au pire. Matez-moi ce grand personnage, ce gros porc déjà infecté, devant son miroir. Ne voyez vous pas sous ce front malade se tramer les délires historiques de son mal ? Ou même ce premier de classe…et patati et patata…etc…etc

Heureusement, au sein de cette perdition, il reste toujours l’ultime bastion des gens sensés. Les gens simples, ordinaires, le bon peuple avec son bon gros bon sens des mesures. Ainsi, tenez ! Moi qui vous parle, Kuilga Tristus, tête d’œuf ou tête de bœuf, c’est selon ; moi Kuilga Tristus tête d’œuf qui besogne la muse à mes heures perdues, je connais ma place et je sais ma valeur. Je suis modeste et je n’ai jamais prétendu péter ni plus fort ni plus haut que mon cul ne me le permet. C’est très cl… hum, pardon, c’est bien simple, j’adapte mes désirs à mes aptitudes. Mes ambitions sont saines et des plus insignifiantes : Ainsi par exemple, je n’aspire plus aujourd’hui que d’être le prince des écrivains ; Je me contenterais bien du nom de roi des poètes et de Dieu tonnant des prosateurs, alléluia ! J’ai de quoi soutenir mes prétentions, voyez- vous ? Déjà auprès de mes vers ceux de Keats palissent. Ma pensée féconde, mon phrasé profond et délié ne le céderaient en rien à Senghor ou à Borges ; et je pense même, sans trop d’efforts, détrôner bientôt Shakespeare, alléluia !

 

Par Tinfinsi

Une réflexion sur “La saga de la Gross-thet

Répondre à Léontine Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s