Notes au BF

Y., qui me voiturait dans son taxi à Ouaga, fut dans son jeune âge fabriquant de briques en pierre. Vers la fin des années 1990, il était sur un vaste chantier à la périphérie de la ville, non loin de Nangrin, où on pouvait – si on voulait, mais on ne voulait guère – se procurer un lopin de terre d’assez considérable dimension pour 20 000 balles. Mais il n’y avait là qu’une « brousse noire », comme disent les Zarma, assez proche de la ville pour que les imprimeurs ouagalais en aient fait leur décharge, mais autrement inhabitable. Aujourd’hui, Nangrin est l’un des quartiers de Ouaga où le prix du mètre carré est le plus élevé. C’est que le chantier de périphérie auquel Y. faisait allusion n’était autre que « Ouaga 2000 », l’espèce de ville nouvelle pour les « hauts d’en haut » que le régime Compaoré avait voulu créer sur le flanc sud de la capitale burkinabé. Y. est Dafin, mais marié à une Mossi, une Ouédraogo. Ce nom est porté par les gens de condition noble, et qui doivent le montrer en vivant noblement. Des parents du « village » de Mme Y. lui ont une fois demandé de leur envoyer un congélateur d’occasion, pourquoi pas celui dont elle se servait elle-même, et qui semblait être en fin de course. Mme Y. préféra se saigner aux quatre veines et acheter un congélateur flambant neuf – car ainsi fait une Ouédraogo. Je n’en fus pas autrement surpris, me rappelant d’un acte d’un de mes vieux amis du cru, P. Ouédraogo, qui organisa une fête somptueuse pour célébrer le retour de sa mère de France. Comme je m’étonnais de l’immensité des dépenses dans lesquelles il s’était engagé à cette occasion – occasion qui, au surplus, ne me paraissait pas se prêter nécessairement à de telles fastes – il me rappela qu’il était un Ouédraogo. A vrai dire, j’ignorais à cette époque la signification sociale de ce nom, et j’étais dans l’idée que, dans tous les cas, de telles extravagances, qui étaient de saison chez les Mandingues et autres populations fanfaronnes du Soudan occidental, étaient complètement absentes des mœurs sombres et rigoureuses des Mossi.

Y. et moi pouvions causer en français parce qu’il était un déscolarisé. Cela était un malheur à ses yeux, et apparemment il décida de se venger de son sort en scolarisant sa femme qui, lorsqu’il l’avait épousée, était elle aussi une déscolarisée, mais plus récente que lui, et donc « sauvable ». Il alla donc trouver son beau-père, le papa de sa dame, pour lui annoncer la décision, et qu’il avait convaincu ladite dame de retourner en classe. Le beau-papa désapprouva fortement. Par misogynie et chauvinisme masculin – car ce qu’il dit à Y. de ses raisons, c’est qu’une femme instruite devenait forcément un problème, qu’il aura du mal à gérer. Il ajouta, il est vrai – car pour être misogyne il n’en était pas moins le père de sa fille – que si du fait de cette imprudente idée il finissait par avoir des problèmes avec son épouse, il prendrait le parti de cette dernière, l’ayant suffisamment averti des risques qu’il prenait. Y. persista pourtant, et consacra une bonne partie de ses recettes de tailleur de brique à payer la scolarité de son épouse. Les risques qui l’empêchaient le plus de dormir la nuit, me dit-il, n’étaient pas que sa femme « tourne mal », mais qu’elle échoue dans ses études et lui ait fait ainsi dépenser un argent durement gagné en pure perte. Il ne commença à se rassurer que quand elle se mit à caracoler en tête du classement, dans ses classes. Sa femme réussit à ce point brillamment ses études qu’elle fut recrutée au concours des enseignants, en 2015. Elle est à présent institutrice et planche sur un nouveau concours pour monter en grade. Il semble – si j’ai bien compris l’histoire – qu’il y eut des retenues indues sur son salaire pendant à peu près deux ans, mais qu’elle parvint – avec l’aide d’un fonctionnaire du trésor qui toucha 100 000f pour sa peine – à récupérer la somme rondelette à laquelle le total de ces retenues avait fini par monter (un peu plus de deux millions). Sur cet argent, elle ne garda pour elle-même que 100 000f et proposa à Y. de l’investir dans le taxi qu’il conduit à présent – « ce qui convient mieux à mon âge que de casser de la pierre ». Comme une Ouédraogo ne se refait apparemment pas, lorsque la voiture – une Mercédès, comme la plupart des taxis ouagalais – arriva, Mme Y. (qui avait aussi son permis) tint à la conduire dans son bled, afin de « faroter ». « Elle fit son malin pendant toute une semaine », me dit Y., « avant de me passer la voiture et de me dire, voilà, toi aussi tu peux aller au village avec pour montrer qui tu es ». « Ce que tu fis ? » lui demandé-je. Il haussa les épaules : « Dès qu’elle m’a mis la voiture dans la main, je l’ai immédiatement faite peindre en vert ». Le vert est la couleur des taxis ouagalais.

taxi ouaga

De certains sermons religieux que j’entendais à Niamey, il me semblait qu’ils n’étaient que le prétexte pris, ou la forme donnée par leurs auteurs à quelque chose dont le but véritable était d’ordre plus séculier, plus mondain. Il y a, comme cela arrive naturellement, des gens qui savent observer la société (« le monde », pour user du vocabulaire traditionnel d’inspiration religieuse) comme il y en a qui savent observer la nature ; qui pénètrent les motivations subtiles ou grossières des hommes et des femmes ; qui ont le goût verveux de l’anecdote parabolique et de l’argumentation concrète ; qui, en un mot, dans d’autres circonstances, auraient été romanciers ou sociologues mais à qui la loterie de la vie n’a pas donné accès aux chemins qui mènent à la réalisation de telles vocations ; qui, du coup, auraient pu végéter comme simples coryphées de quartier jusqu’à leur mort, jouissant sans doute d’une réputation locale, admirés de leurs familiers pour la sagacité de leur pensée mais sans que cela leur donne une renommée plus générale et glorieuse, et l’autorité qui en découle. La tournure religieuse de la société nigérienne, qui fut un résultat d’une méthodologie développée à partir des années 1990 par les islamisateurs salafistes, et qui comprenait comme outil central le prêche, la prédication, a ouvert à certains de ces gens (ce me semble) un boulevard. Le prêche, le sermon est un genre littéraire « oral » qui peut atteindre des sommets d’art expressif comme ont pu le faire la légende épique, l’oraison funèbre, le discours politique, ou la plaidoirie. Certains, qui ont des choses à dire, et à bien dire, sur les sottises et les iniquités des Nigériens – car le sermon, comme ses connotations l’indiquent, s’occupe surtout de telles choses – ont, me semble-t-il, profité de la vogue de ce genre. Leur discours prend appui, bien sûr, sur le Coran, les hadiths, et s’aventure à citer des versets en arabe ici et là, pour assaisonner le mets d’un condiment qui justifie les prétentions de l’auteur à être écouté – à ce que l’être humain, qui ne trouve rien de plus impatientant que de faire silence devant autrui et de tâcher d’entrer dans ses raisons et ses sentiments – accepte d’être attentif et charmé, parce que cette parole s’annonce comme suppléante et servante de la parole divine, et non seulement comme la simple voix de tel quidam demeurant au faubourg Saga, derrière « Les Épines » (il y a, dans ce faubourg de Saga, un lieu-dit niaméyen connu sous le nom de Karguiodo, « aux Épines », où je rêve parfois d’avoir ma maison pour pouvoir dire que j’habite « aux épines ». A chacun son snobisme !). Mais le mets lui-même est sociologique et moral, plutôt que religieux – ou pour mieux dire, il est sociologique et moral tout autant que religieux. Après tout, si vous ne mettez pas la tomate et le fromage sur la galette de pâte à pain, point de pizza.

Je m’en suis rendu compte à Ouaga en écoutant un certain Alasco – je n’ai pas plus d’information sur le personnage, en dehors de ce nom qui m’a été donné par le chauffeur de taxi Y., dans la voiture duquel je l’ai entendu donner en français ivoiro-burkinabè ce que l’on pourrait appeler un prêche laïc. C’est-à-dire que ce Alasco fait exactement la même chose que les prédicateurs nigériens dont je viens de parler – des sermons sociologico-moraux, mais sans aucune référence religieuse. Le thème même ressemble à celui des prédicateurs, qui semblent ne parler que de questions de mariage, de relations entre conjoints – et ce matin-là, le dénommé Alasco était parti dans une défense pied à pied des épouses, d’abord contre les belles-mères, puis contre les maris.

Certains prédicateurs nigériens – un certain Alfa Abdallah Oumar notamment – prennent aussi ce thème dans cette direction et critiquent les torts faits aux épouses, non seulement par leurs maris, mais aussi, parfois, par leurs parents également. Soit dit en passant, dans un de ces prêches, Alfa Abdallah Oumar répond à une question qui lui est rapportée par un rapporteur (il s’agit d’une émission radiophonique de conseils islamiques en langue zarma). Voici la question : « Une femme a quitté son domicile à cause de problèmes avec son époux, elle est retournée chez ses parents. Mais ses derniers refusent de la recevoir et lui ordonnent de rentrer chez son époux sans même essayer de comprendre pourquoi elle est partie ». Réponse de Alfa Abdallah Oumar : « Cela est très mauvais, car le mari en retire trop de pouvoir. Demain, il pourra brutaliser sa femme et être certain que ses actions seront tolérées par ses parents à elle. Si les parents ordonnent à leur fille de retourner chez son mari, ils doivent la suivre peu après afin d’avoir une conversation avec le couple. C’est ainsi qu’ils mériteront les bénédictions divines. Ils peuvent craindre que leur fille ne prenne l’habitude de quitter son mari pour un rien, ce qui est un péché [c’est moi qui souligne], mais ils doivent aussi s’efforcer de comprendre ce qui s’est passé. » Cette petite histoire est intéressante pour moi à deux points de vue : d’abord, il y a quelques jours, je suis allé à Bobo Dioulasso à bord d’un bus qui diffusait une comédie ivoirienne à l’histoire assez simplette mais aux mœurs finement observées. L’histoire est celle d’un homme qui se croit mal marié parce que sa femme est trop docile et soumise. Il se plaint parce qu’il voudrait plutôt une femme qui sache débattre avec lui, ne pas toujours être d’accord, s’opposer parfois à son point de vue car, dit-il, « de là vient le progrès ». Sentiment louable, sauf que la docilité de sa femme a le don de l’énerver et le rend sadique – ce qui est une bonne observation psychologique. Il la brutalise, l’insulte, lui crie dessus, tout en étant persuadé d’avoir raison. Cette logique aboutit à des scènes très étranges, où l’on ne peut s’empêcher de rire, tout en étant pourtant glacé par tant de méchanceté – effets obtenus par le jeu extraordinaire de l’acteur Gohou, qui paraît n’être taillé que pour les rôles burlesques et qui réussit à paraître vraiment cruel ici.  On ne rit pas jaune, on rit noir. Toujours est-il : Gohou fait tant et si bien que sa femme, Nastou, doit quitter les lieux après qu’il ait menacé de la tuer et l’avoir poursuivi autour d’une table à manger armé d’une énorme poêle. Voici Nastou de retour chez ses parents qui refusent absolument d’écouter ses explications et lui ordonnent de retourner chez Gohou. Terrifiée par lui, elle résiste cependant aux ordres menaçants de son père et de sa mère. En fin de compte, le père dut plus tard se rendre chez Gohou pour essayer de comprendre la situation.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, qui se fonde évidemment sur les réalités des mœurs en Côte d’Ivoire, c’est qu’elle ne se déroule aucunement dans un contexte social musulman. Le prédicateur nigérien comprenait la dureté des parents de la femme qui a quitté son domicile conjugal parce qu’étant musulmans, ils ne pouvaient manquer de voir là un péché. Mais en réalité, leur réaction ne provenait pas de la culture musulmane, mais de la culture africaine. Avant l’islam, et hors de l’islam, les Africains ont tendance à réagir de cette façon, à être outrés qu’une femme puisse « déserter son foyer ». En langue zarma, il y a même un terme pour cela, qui ne me paraît rien avoir d’islamique, et qui n’est certainement pas arabe : waykeeri (le haoussa parle de yin daaji). Quand j’entendais ces termes étant enfant, j’en appréciais tout le frisson de chose quelque peu scandaleuse et certainement consternante qui s’en dégageait, et ne reliais certainement pas ça à des choses religieuses. Mais d’une part, les mœurs africaines (pour autant qu’on puisse généraliser à ce sujet) ne sont pas toujours profondément différentes des mœurs arabes, et d’autre part l’islamisation signifie que l’islam substitue ses raisons à celles des cultures africaines, et l’outrage coutumier peut être « islamisé » et se transformer en péché.

(La comédie ivoirienne mentionnée ci-dessus s’intitule « Façon tu viens au pouvoir » et a été mise sur Youtube en quatre parties).

Le second point, c’est que même lorsque l’islamisation ne se produit pas, les questions de mœurs demeurent et il est nécessaire d’en parler. C’est ce que fait Alasco. Le plus curieux, dans son cas, c’est qu’il est musulman. Ce nom Alasco n’est qu’un diminutif cool de Alassane, i.e., Al Hassan. Dans son propos, il se réfère parfois à Allah et au Prophète. Mais ledit propos n’est absolument pas un sermon islamique. Les références religieuses peuvent en être totalement expurgées sans que son raisonnement en soit le moins du monde altéré, ce qui n’est pas le cas des prédicateurs nigériens. Par exemple, Alfa Abdallah Oumar, tout plein d’esprit d’équité qu’il se montre à l’égard des femmes et des épouses, insiste que l’homme est le maître du foyer comme cela est prescrit par la règle religieuse ; et il consacre un long passage de ses réponses à expliquer la lettre et l’esprit (et la différence entre la lettre et l’esprit) de la permission que les épouses doivent demander à leur mari avant de sortir. Son explication de cette règle est des plus libérale et n’a rien de wahhabite. Par exemple, il ne croit pas que les femmes qui travaillent hors de chez elles doivent demander chaque matin la permission d’aller au boulot à leur mari. « Une fois qu’il a accepté qu’elle travaille, il lui a donné une permission une fois pour toute par rapport à aller au travail ». La femme mariée n’a pas besoin, comme chez les Saoudiens, d’un gardien masculin. Il y a des lieux compromettants où elle ne peut pas aller sans son mari, et des lieux où elle est libre de se rendre seule. Mais pour libéral qu’il se montre, Alfa Abdallah Oumar part de l’idée qu’il existe ces règles faisant du mari le chef du foyer et de la femme quelqu’un qui a le devoir de demander la permission du chef de foyer pour sortir. Alfa Abdallah Oumar mentionne le cas d’hommes qui ont tellement confiance en leur femme qu’ils la dispensent totalement de toute obligation de demander la permission de sortie. Comme c’est un personnage bienveillant, il désapprouve avec douceur : « L’homme qui agit ainsi est bon, mais il ne suit pas tout à fait les règles de l’islam ». Il désapprouve avec douceur, mais il désapprouve quand même : « Il y a un certain nombre de choses pour lesquelles une femme doit consulter son époux et sur lesquelles elle doit demander sa permission. Si Dieu a fait de l’homme le chef du foyer, il y a une raison. C’est par ignorance que certains hommes laissent pleine liberté à leur femme. »

Dans le propos de Alasco, de telles règles de conduite préétablies par la religion ne jouent aucun rôle. Le résultat est intéressant. Toute son argumentation ne repose, dès lors, que sur les ressorts du bon sens et de la raison. Même son langage s’en ressent. Lorsqu’Alfa Abdallah Oumar critique l’iniquité et l’hypocrisie des gens, il patine son discours d’anecdotes salafiques, qui parfois adoucissent son ton, et d’autres fois lui impartissent une sorte de gravité mystique qui transporte ses conclusions du monde sublunaire où nous nous agitons face à l’insensé de nos actes au sublime univers religieux où ces actes prennent un sens qui les marque pour leur rétribution et nous donnent de jour en jour le poids qu’aura notre âme au Jour du Jugement. Alasco, lui, ne cherche le sens de nos actes que dans leur poids dans ce monde ci, dans le tort que nous faisons, et le bien que nous devons faire, hic et nunc, sans penser au regard de Dieu et à la récompense ou à la damnation éternelles. Les théologiens chrétiens du Moyen-Âge sentaient tellement la valeur éthique de la philosophie morale des auteurs « païens », qui d’ailleurs n’étaient pas païens, mais philosophes – les Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque – que, sans pouvoir les imaginer au Paradis (car ils n’ont pas connu ou reconnu le Christ et ne sont donc pas « sauvés ») ils les ont consignés dans les limbes des justes, le Limbus Patrum. Ces philosophes étaient, ai-je dit, précisément, des philosophes, au sens « antique » du terme. C’est-à-dire que leur vision morale émanait, en fait, d’un système de pensée et de références aussi établi que celui de la religion. Il ne s’agissait certes pas de dogmes – genre « le mari est chef du foyer » – et l’agilité de la pensée n’est donc pas contrainte, comme chez les prédicateurs, par des prescriptions extérieures à ladite pensée, prescriptions qu’on peut interpréter mais qu’on ne peut ignorer. Mais elle s’inscrit tout de même dans une orientation générale de la pensée qui va relever d’une certaine vision (d’ailleurs grandiose et pleine de piété intellectuelle) du monde et de l’être humain – vision stoïcienne, épicurienne, pyrrhonienne… Alasco n’atteint pas à ces sublimités, mais je crois que ce qu’il fait, cette idée de parler de la morale, de la vie, des hommes sans se mettre sous la coupe du dogme ni être à la laisse de la tradition, cela représente les premiers pas humbles d’une philosophie. La méthode est là, mais aussi l’idée que nos absurdités morales peuvent être réduites en objets de raisonnement et en leçons, sur la base d’une chaîne serrée d’arguments qui prennent le problème (comment bien traiter une épouse) par plusieurs bouts afin d’aboutir à une solution éthique et même à un début de conceptualisation (selon Deleuze, la tâche première de la philosophie est la production de concepts) du « respect » et de l’« amour ».

Alasco, je crois, a emprunté cette voie plus difficile que celle des prédicateurs (dont le travail est d’avance « mâché », pour ainsi dire, par les dogmes) parce qu’il veut parler à une société – la société burkinabè – dans laquelle ne domine aucune religion. S’il veut être entendu des chrétiens, une forte minorité dans le pays, il ne peut se contenter du genre musulman du prêche ; et le prêche chrétien, en Afrique, est généralement une production extravagante de certaines sectes protestantes qui ne rencontrent nul succès auprès des catholiques ou même de certains autres cultes protestants. Dans une telle ambiance, si mon hypothèse de départ (i.e., on a quelque chose à dire, mais tant qu’il n’y a pas un genre populaire pour accueillir votre parole, elle ne jaillira pas aux oreilles du monde) avait été absolument exacte, un Alasco n’aurait pas été possible. Qu’il soit pourtant là, connu dans les milieux populaires qui plus est (plutôt que chez les « intellectuels »[1] qui se la pètent), est sans doute le signe de quelque autre phénomène intéressant qui parcourt la société burkinabè (comme le succès nigérien du prêche était le signe de la « salafisation » molle du Niger), phénomène qu’il serait intéressant de découvrir. J’en serais sûr – et par suite il sera plus facile de mettre ledit phénomène au clair – si le cas Alasco n’est pas isolé, et s’il y a d’autres « prédicateurs laïcs » de son genre. Je ne saurais dire ni oui ni non car je n’aurais pas su son existence si je n’avais pas été, un matin à Ouaga, assis dans le taxi de Y. un jour de longue course.

 

Par R. I.

[1]En Afrique (francophone) ce terme d’intellectuel est appliqué à quiconque a fait l’école au-delà du Bac, voire du BEPC, et a adopté un certain mode de vie de « monsieur ».

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