Journal de Covid (3)

Les brutalités policières dévastent les pays tropicaux au nom de la lutte contre le Covid. Au Kenya, un garçon de treize ans, Yasin, qui était sur son balcon, a été tué d’un coup de feu au moment où la police entrait dans son quartier en application de mesures de couvre-feu. La police s’est contentée de tweeter ses « sincères condoléances » tandis que le père, Hussein Moyo, explique aux journalistes : « Ils débarquent en hurlant et en nous bastonnant comme des vaches, alors que nous sommes des citoyens respectueux de la loi ». En Inde, on a forcé les exodants à s’accroupir pour se faire asperger de désinfectant, nommément, de l’hypochlorite de sodium, un produit javellisant dangereux. Au Pendjab, les personnes accusées d’avoir violé la quarantaine sont forcées de faire des squats en ânonnant : « Nous sommes les ennemis de la société. Nous ne pouvons pas rester à la maison ».

Peu importe que rester à la maison signifierait pour eux crever de faim.

Au Paraguay, de tels « délinquants » sont contraints de faire du saut à l’étoile sous la menace d’un taser, tandis que d’autres doivent se coucher face contre terre en ânonnant, « je ne sortirai plus de chez moi, monsieur l’agent ». Le ministre de l’Intérieur Acevedo s’est félicité de ce qu’il a qualifié de « créativité » de la part des policiers – lesquels avaient filmé et diffusé leurs exploits.

Aux Philippines, pays de l’inqualifiable Dutertre, les violateurs de couvre-feu sont mis dans des cages pour chien ou contraints à s’asseoir sous le soleil de midi. Toute l’île de Luzon, avec ses 40 millions d’habitants, a été mise sous confinement. Il est évident que si vous êtes riche et vivez dans un palais climatisé, cela ne pose pas de problème. Mais la majorité des habitants partagent à plusieurs des pièces minuscules dans une chaleur d’étuve. On peut imaginer, dans ces conditions, que plusieurs mourront d’étouffement plutôt que de coronavirus. De plus, au lieu de vider les prisons pour mitiger les risques de contamination – comme vient de le faire, heureusement, le gouvernement du Niger – le gouvernement philippin a arrêté plus de 17 000 personnes pour violation de confinement, les jetant dans les prisons surpeuplées du pays.

Comme cet exemple le montre, ces violences sont contre-productives et risquent de propager l’épidémie. À Mombasa (Kenya), la semaine dernière, la police a lancé des grenades lacrymogènes sur les passagers d’un ferry, si bien que des centaines de personnes rassemblées en foule se sont mises à tousser et à essuyer des larmes, tandis que les policiers en bastonnaient certains. Conditions idéales pour le virus.

Une amie sierra-léonaise travaillant pour un think tank à Freetown m’écrit ce matin sur le travail qu’elle fait avec ses collègues, et qui consiste à évaluer l’efficacité de la sensibilisation gouvernementale rapportée au degré de confiance que l’État inspire aux différents secteurs de la population. Cela confirme mes supputations sur l’importance de la confiance pour convaincre les gens de se comporter d’une certaine façon sans avoir recours à de telles violences. Mais, ironiquement, mon amie ne fait pas terriblement confiance au gouvernement pour s’inspirer des informations mises à sa disposition. Je comprends bien pourquoi, hélas !

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