Le Déclin du racisme en Amérique

Au vu des récents événements, le titre de ce billet peut paraître un tantinet provocateur. Je précise dès l’abord que « déclin » ne veut pas dire « fin » ; et on verra, dans ce qui suit, que le racisme anti-noir est une réalité puissamment enracinée dans l’histoire des États-Unis, un des phénomènes, en fait qui ont le plus « produit » l’histoire américaine. Je dirais même que cette histoire doit ses tournants majeurs au racisme anti-noir, en dépit de l’importance de facteurs majeurs comme la Conquête de l’Ouest ou l’industrialisation.

Mais c’est précisément pour cette raison qu’il est loisible de parler de déclin du racisme anti-noir au États-Unis.

Comme la plupart des nations modernes, les États-Unis sont nés d’une révolution, ou du moins le proclament. « Officiellement », leur acte fondateur date de 1776, date où fut adoptée une constitution écrite qui a été mythifiée par une sorte d’attachement fondamentaliste cultivée par la culture nationale. Si l’on y regarde de près, le fondamentalisme constitutionnel des Américains n’est pas dû au fait que cette constitution est leur acte fondateur, mais plutôt au fait qu’elle n’a jamais changé depuis son adoption. Ce fait est plutôt étrange, mais les Américains – au moins le discours national américain – prétend qu’il en est ainsi du fait de la qualité unique et géniale du texte, et de l’intelligence surhumaine de ses rédacteurs, les Pères Fondateurs. À vrai dire, comme toute création humaine contingente, ce texte et les institutions qui en dérivent sont pleins de failles et d’aberrations. Je ne connais d’ailleurs guère d’institution judiciaire faîtière d’aussi mauvaise qualité que la Cour Suprême des États-Unis, avec ses juges nommés à vie par un pouvoir exécutif partisan et son irresponsabilité de collège de mages. Mais le fait est que les constitutions ne changent pas parce qu’on s’est rendu compte qu’elles sont mauvaises ou inadaptées aux temps nouveaux. Elles ne changent jamais que par la force, soit à la suite d’une révolution, ou d’une défaite militaire. À cet égard, en Europe, le contraste entre la France et la Grande-Bretagne est éloquent. À l’intérieur même de l’histoire nationale de la France, la IIIe République a survécu à la première guerre mondiale parce que la France avait gagné cette guerre, mais juin 1940 a eu raison d’elle, tout comme la guerre d’Algérie a eu raison de la constitution de la IVème République. Si les États-Unis et la Grande-Bretagne ont préservé leurs constitutions, avec tous leurs défauts et la vie politique polarisée (marquée par un système figé de deux partis dominants) qu’elles induisent, c’est uniquement parce que ces deux pays n’ont pas eu le bénéfice, si l’on peut dire, d’une purge révolutionnaire ou d’une défaite cataclysmique.

Pour en revenir à mon propos, il est aussi de tradition de faire remonter la naissance des États-Unis à l’arrivée des premiers colons anglais, à l’époque de la reine Elizabeth Iere (seconde moitié du XVIe siècle) ; et l’acte fondateur pertinent, de ce point de vue, serait donc plutôt l’espèce de pacte de gouvernement autonome adopté en 1620 par les pèlerins du Mayflower. Mais depuis quelques mois, le New York Times sert de base à une série d’articles et d’essais rassemblés dans le cadre d’un projet éditorial intitulé The 1619 Project. 1619 est l’année de l’arrivée des premiers captifs africains sur ce qui allait devenir le sol américain, et les promoteurs de ce projet affirment que cette année est la véritable date de naissance des États-Unis. L’idée est que si le projet révolutionnaire américain est bien l’établissement d’une nation démocratique, alors ce projet n’a pu débuter qu’en 1619, parce que 1619 est l’année où les États-Unis sont tombés, pour ainsi dire par anticipation, dans la tyrannie esclavagiste, la dictature raciale, si bien que la lutte pour la libération nationale n’a pu commencer qu’à cette date – étant entendu que la dictature raciale empêche les États-Unis de réaliser leur destin démocratique. De ce point de vue, 1776, avec sa réaffirmation de l’esclavage racial, n’était pas une révolution nationale américaine, tout au plus une révolution ethnique blanche. L’analyse est belle, mais fautive, dans la mesure où elle s’inscrit, elle aussi, dans la vision du roman national. C’est une tentative d’intégrer les Noirs dans le roman national progressiste, d’en faire même le point de départ de ce roman national progressiste. Le problème avec cela, c’est qu’il n’y a pas de roman national, puisqu’il y a toujours plus d’un projet national, et l’histoire d’une nation est toujours plus de l’histoire épique (l’affrontement entre forces incompatibles persuadées chacune d’avoir de toute éternité le droit de son côté, comme les Grecs et les Troyens dans L’Iliade) que de l’histoire éthique (l’affrontement entre Bien et Mal, avec le fait ultime que, comme l’avait affirmé Martin Luther King Jr., « l’arc de l’univers moral est long, mais penche vers la justice »).

Si je schématise l’histoire nationale américaine post-1776, elle connaît quatre tournants, tous déterminés par la « question noire » (et à ce titre au moins, dans un monde où l’objectivité l’emporterait sur les petites préférences sentimentales, la date de 1619 est en effet plus pertinente qu’aucune autre pour débuter l’histoire américaine). Voici les quatre tournants :

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George Washington: le Révolutionnaire et ses esclaves

 

1776-1865 : époque de la révolution ethnique de 1776, marquée par l’émancipation en droit et en opportunités des peuples définis d’ethnicité ou de race blanche, par la subhumanisation des Noirs dans le système de l’esclavage cheptélaire (« chattel slavery ») au Sud, et au Nord par l’établissement, à leur encontre, de restrictions informelles diffuses, préludes à ce qu’on appellera, vers la fin du XXème siècle, le « racisme institutionnel ». Cette période a vu se développer la foi au racisme, c’est-à-dire le racisme comme système de croyance, comme culture. Ce racisme culturel était déjà en place dès le XVIIème siècle, mais dans cette période, il est sanctifié par l’ordre national nouveau, c’est-à-dire par les lois et la constitution. L’opposition à ce racisme use également de ressources culturelles, débutant la tradition américaine des « culture wars ». Un exemple de succès culturel des opposants à la culture raciste dans cette « culture wars » est l’impact national et international du roman de Harriet Beecher-Stowe, La Case de l’oncle Tom. L’homme qui a assassiné le président Lincoln, Booth, était un fanatique racial, semblable, dans la forme de son extrémisme idéologique, aux fanatiques religieux qui ont assassiné, en France, les rois Henri III et Henri IV. Il se voyait comme un défenseur de la liberté et du bonheur blancs, qui étaient impossibles à ses yeux sans la servitude des Noirs, servitude qui, par ailleurs, correspondait, dans son système de croyance, à l’ordre éternel de l’univers voulu par Dieu Tout Puissant. Lincoln, avec toutes ses déficiences (la culture raciste n’était notamment pas sans avoir déteint sur lui), a tout de même été bien près de réussir une révolution américaine libérale-humaniste, contre ce que 1776 avait d’étroitement ethnocratique : d’ailleurs, c’est sa statue qui se trouve assise au Capitole, pas celle de George Washington. On peut supposer qu’il aurait peut-être réussi si, ayant échappé au coup de feu de Booth, il avait obtenu un second mandat.

 

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Déclaration de Wilson en épigraphe à The Birth of a Nation

1865-1914 : Durant cette période, les radicaux antiracistes (Noirs et Blancs) qui étaient l’armée de réserve révolutionnaire sur laquelle Lincoln aurait pu s’appuyer pour réorienter l’histoire américaine dans le sens démocratique, furent vaincus par les défenseurs de la culture raciste, parce que les nouveaux dirigeants élus tenaient plus à une réconciliation entre Nord et Sud qu’à une nouvelle transformation révolutionnaire du pays. La période vit donc se mettre en place un consensus raciste, non pas en tant que tous ses participants étaient racistes, mais parce que les tenants de la culture raciste avaient pu obtenir des gages sociaux et politiques contre l’émancipation légale des Noirs. Dans la période précédente, les Noirs étant en majorité des esclaves-cheptel, il n’était pas besoin de construire contre eux un appareil de répression sociopolitique sanctionné par un consensus doctrinaire : le joug servile, sanctionné par l’ordre social, l’état de droit et l’organisation de l’économie, servait par lui-même de doctrine. Mais à présent que les Noirs s’étaient hissés sur un plan où ils pouvaient prétendre aux mêmes droits que les Blancs, il apparut nécessaire de mobiliser les forces capables et désireuses de maintenir et de promouvoir la suprématie aryenne (terminologie d’époque). Ainsi fut mis en place l’appareil moderne de la dictature raciale, qui a fait partie du régime américain jusqu’au milieu des années 1960. À cette époque, la culture du racisme s’était d’ailleurs renforcée par l’émergence, à travers l’Occident, des théories du racisme scientifique et de la doctrine du darwinisme social, toutes choses mises au service de la conquête des contrées tropicales par les puissances occidentales. Le système de pensée ainsi intronisé tendit, aux États-Unis, à substituer à l’émancipation des Noirs leur réduction à une forme de statut similaire à celui des populations colonisées des Tropiques (on parle beaucoup des lynchages dont étaient alors victimes les Noirs américains, mais des violences similaires étaient perpétrées de façon tout aussi gratuite en Afrique, par les colons durant cette période. En 1904, des colons éméchés de Brazzaville introduisirent une cartouche de dynamite dans le rectum d’un jeune Noir et le firent sauter pour célébrer le 14 juillet, avant de décapiter un autre Noir et de faire bouillir sa tête, forçant ensuite ses amis et ses parents à absorber de ce potage. Une enquête commissionnée à la suite de l’émoi suscité par la presse commença à mettre au jour un si grand nombre d’atrocités similaires, sinon pires, qu’elle fut rapidement sabordée et abrégée). Plus que la période précédente, et en dépit de l’ordre libéral mis en place à travers tout le pays (ordre qui s’avéra malheureusement compatible avec la dictature raciale), ce fut là l’âge d’or de la culture raciste, culminant avec la présidence de Woodrow Wilson, ce sudiste qui fit projeter à la Maison Blanche The Birth of a Nation, le film manifeste de la réconciliation raciste entre le Sud et le Nord.

 

 

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Tulsa 1921

 

1918-1968 : il s’agit d’un prolongement de la période précédente, marquée par la routinisation de la dictature raciale, qui s’était montrée en fin de compte plus puissante que la démocratie. Cette période peut être aussi sectionnée en deux parties : avant 1939 et après 1945. Avant la guerre hitlérienne, elle fut marquée par l’apparition, au sein de la culture raciste, d’une peur panique du fait que la suprématie aryenne ne pourrait pas être protégée, parce que la race aryenne était minoritaire sur la planète par rapport aux différentes variantes de « nègres » (le mot était devenu assez générique pour être appliqué aux Arabes, aux Philippins, aux Chinois, bref, à tous ceux que le français appelle, de façon similaire, « les moricauds »). Cette peur correspondait à la panique antisémite qui existait en Allemagne dans les années 1920, panique encore assez mal documentée, et qui expliquerait bien des choses dans l’adhésion de la population allemande aux théories nazies (W. E. B. Du Bois, qui avait visité l’Allemagne nazie, fut notamment frappé du fait qu’il y avait peu de racisme anti-noir au sein de la population – il ne parle pas des Nazis en tant que tels – mais, en revanche, un antisémitisme qu’il trouva très comparable au racisme anti-noir des Blancs Américains : les Juifs, lui parut-il, étaient les Noirs de l’Allemagne). S’agissant des Noirs, l’ »espoir » avait été nourri, au cours de la période précédente, qu’ils étaient, en tant que race, si faibles au biologique et si déficients au mental qu’ils ne pouvaient se soutenir eux-mêmes dans un état de liberté, et qu’ils allaient vers « l’extinction graduelle » (thèse soutenue, en 1896, dans un ouvrage du statisticien Frederick Hoffman, qui connut un succès retentissant, Traits and Tendencies of the American Negro). Mais au cours de cette période, il s’avéra non seulement que les Noirs ne se trouvaient pas sur cette pente déclinante déduite par Hoffman de ses très fautifs calculs (W. E. B. Du Bois avait publié une réfutation en règle quelques mois après la parution de l’ouvrage), mais ils avaient même l’outrecuidance de commencer à devenir prospères. En 1921, une armée d’émeutiers blancs attaqua l’agglomération noire la plus riche des États-Unis, Greenwood, le quartier noir de Tulsa, connu comme le « Wall Street Noir », et le détruisit entièrement en 12 heures, y compris à travers l’usage d’aéronefs privés lâchant des bombes ! Soit dit en passant, lorsqu’il parle de rendre sa grandeur à l’Amérique, Donald Trump fait référence (peut-être sans le savoir exactement) aux années 1920, époque où la panique raciale avait généré une violence renouvelée contre les Noirs, imposé de sévères restrictions à l’immigration de populations non « aryennes », et où la domination nouvellement acquise des États-Unis sur le capitalisme mondial s’accompagnait du refus de soutenir des institutions internationales capables de réguler ou de limiter la politique internationale du pays, voire de s’ingérer dans ses affaires intérieures (par exemple le traitement des minorités raciales ou des forces ouvrières). Ceux qui pensent aux années 1950 comme étant l’époque bénie dont rêve Trump – ces années 1950 où, après tout, la guerre froide a poussé les États-Unis à organiser un multilatéralisme de façade sous leur égide (« le monde libre ») – se trompent donc du tout au tout. Après la grande dépression et la Seconde Guerre Mondiale, le discours sur la sauvegarde de la race aryenne parut pour le moins hors de propos. Le militantisme racial subit donc des tempéraments, mais sans que, pour autant, l’appareil de la dictature raciale disparaisse. Si les Allemands ne pouvaient plus persécuter les Juifs, les Américains pouvaient continuer à persécuter les Noirs. Le statu quo de la dictature raciale entremêlée avec la démocratie dans une sorte de monstruosité sociopolitique, a persisté sans obstacle.

 

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Signature de la loi sur le droit des votes des Noirs du Sud, en 1965, par L. B. Johnson, en présence de MLK

1968-à nos jours. 1965 et 1968 sont les années de l’assassinat de Malcolm X et de Martin Luther King Jr., c’est-à-dire des deux personnages qui avaient essayé, chacun à sa manière, de faire repartir la révolution américaine dans ses tendances progressistes, démocratiques et socialistes. L’idée n’était d’ailleurs pas simplement la fin de la dictature raciale (lutte à quoi l’on réduit à tort les efforts, en particulier, de Martin Luther King Jr.), mais bien la civilisation de l’Amérique par la destruction du matérialisme et du militarisme qui étaient devenus sa seconde nature, et dans lesquels s’enracinait le mal dont elle se montrait par trop capable (dictature raciale, mais aussi agressions impérialistes, injustices sociales, etc.) En somme, Martin Luther King Jr. avait concocté une mission civilisatrice à l’endroit d’une Amérique barbare, et n’était d’ailleurs guère optimiste quant à la réussite de ladite mission. L’œuvre de M. L. K., de Malcolm X, et d’ailes plus radicales encore de ce mouvement révolutionnaire (Black Panthers) a réussi à renverser l’appareil de la dictature raciale, mais sans transformer l’Amérique. Dans l’analyse de M. L. K., sans une telle transformation de l’Amérique, la dictature raciale finirait par revenir par la bande. Effectivement, dès la présidence Nixon, et encore plus sous la présidence Reagan, elle a ressurgi sous la forme de ce que d’aucuns appellent « racisme institutionnel ». Non pas donc une dictature formelle, enracinée dans la législation et soutenue par la constitution via les arrêts et sentences des tribunaux et de la Cour Suprême, mais imprégnant la routine administrative et démocratique à travers les pratiques infra-légales (les violences policières en font partie) et la collusion, parfois forcée, mais souvent volontaire, entre autorités (élues ou nommées) dans la persécution des Noirs (persécution présentée sous des noms attrayants, comme « Guerre contre la Drogue » et autres). La subversion mlkienne a cependant abouti à un divorce effectif entre démocratie et dictature raciale. Par exemple, à partir de là, et bien que la chose fût inimaginable pour une mentalité de 1968, l’entrée d’un Noir à la Maison Blanche devenait une réelle possibilité. Naturellement, en lisant l’histoire de l’autre côté de la barrière, dans l’Amérique raciste, cette subversion était une défaite qui appelait une revanche, tout comme l’émancipation des Noirs au lendemain de la Guerre Civile l’avait été, jadis. Ainsi, de même que l’assassinat de MLK fait pendant à celui de Lincoln (bien que John Kennedy ait été un président assassiné, comme Lincoln, c’est en effet surtout le leadership de MLK qui était révolutionnaire au plan national, dans les années 1960), le racisme institutionnel est, de ce point de vue, le pendant du consensus raciste des années 1865-1914. Naturellement, la présidence de Trump est, dans ce plan des choses, une tentative renouvelée de, comme le chantaient les membres du conglomérat du Tea Party à l’époque de la présidence Obama, « récupérer notre pays ». Mais il est de fait qu’au cours des années 2010, les idéaux mlkiens de civilisation démocratique, socialiste et anti-raciste avaient repris du poil de la bête au sein non pas tant de la population noire (où ils ont toujours été majoritaires de toute façon) que d’une bonne partie de la population blanche, en particulier jeune. C’est ce qu’indique, par exemple, le succès politique de Bernie Sanders ou de la cohorte de jeunes députées (en majorité des femmes) de tendance radicale socialiste entrées à la Chambre des Représentants lors des dernières élections législatives. La participation massive de Blancs dans les mouvements de protestation faisant suite au meurtre de George Floyd répond non seulement à la manière particulièrement atroce dont la chose s’était produite et avait été filmée, mais aussi à ce climat mlkien qui cohabite, de façon pour le moins explosive (on l’a bien vu), avec la présidence fascisante de Donald Trump.

Alors, pourquoi est-ce que je parle de « déclin du racisme » ? N’assiste-t-on pas plutôt à une sorte de résilience démoniaque de l’Infâme ? Certes. Mais le petit raccourci d’histoire américaine que je viens de faire peut être lu, de façon tout à fait justifiée, comme une histoire du déclin du racisme anti-noir, en dépit de sa persistance, et aussi intolérable que cette persistance soit. Au lendemain de la destruction de Greenwood, en 1921, où 1500 maisons furent démolies, plus de 300 personnes furent massacrées et 10 000 personnes se retrouvèrent sans abri, personne ne fut poursuivi ou inculpé. Comparez avec la réaction au meurtre de George Floyd aujourd’hui. Il est triste et franchement épuisant que les Noirs doivent encore et toujours être sur le pied de guerre, et vivre dans l’amertume et le danger dans un pays qui a, plus que tout autre, les moyens matériels de résoudre ses problèmes. Mais du chemin a été parcouru, malgré tout. Par ailleurs, dans deux ou trois générations, il est très probable, si l’on se fie aux statistiques (avec plus de raison que Frederick Hoffman), que les Blancs seront minoritaires dans le pays. Les impacts sur la culture et l’ordre sociopolitique de la nation sont encore difficiles à évaluer à cette distance dans le temps, mais on peut dire sans crainte de se tromper que le racisme, même s’il survit, perdra son importance de producteur d’histoire, et que la carrière nationale des États-Unis, si elle continue (car il est possible que la forme État-nation même disparaisse, ce qui serait une solution encore plus radicale à la question), prendra appui sur quelque chose de plus décent pour négocier ses futurs tournants historiques.

Par ailleurs, il se peut que Liam Rosenior ait raison, dans cette tribune, et que la combinaison entre la présidence ouvertement raciste et fascisante de Trump et la goutte d’eau de trop de la mort de Floyd soit un « accélérateur » d’histoire.

 

R. I.

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